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Trouver un port
« vaste et sûr » telle fut la préoccupation de Saint Louis dès qu’il eut conçu
le dessein de se
croiser. Ce souci était naturel. Le roi ne possédait en propre aucune ville du
littoral méditerranéen. Pour ne pas recourir aux bons offices de ses vassaux
dont il suspectait avec raison la fidélité, il préféra traiter avec les moines
de Psalmodi, propriétaires à Aigues-Mortes. Il devient ainsi acquéreur, par
échange de terres aux portes de la ville naissante et d’une vaste plaine
marécageuse.
Un préjugé très
répandu et longtemps tenace a voulu que la mer se soit retirée, avec lenteur,
des murs de la ville. Mais des pièces authentiques rétablissent la vérité. La
topographie de la région aurait donc été de tout temps à peu près la même, avec
cette différence que les lagunes se sont comblées et que les étangs, envasés par
le limon et le sable, sont moins profonds qu’autrefois.
On peut donc
l’affirmer hautement : Aigues-Mortes fut jadis un port célèbre, reculé dans
l’intérieur des terres, relié à la mer par un chenal maritime dont on peut
suivre encore la trace et les sinuosités à la déclivité du terrain.
Vers le XIIème siècle
le port commença à avoir de la renommée. Son importance, grâce à sa situation,
fut vite appréciée. Son accès facile attirait petits et grands navires. Les
navigateurs et commerçants trouvaient dans la rade sécurité et avantages
commerciaux.
Saint Louis imprima au
commerce un essor plus grand. A l’occasion de sa première expédition il fit
recreuser l’étang de la ville et le canal « vieil » dont il régularisa le cours.
De plus il favorisa les transactions commerciales et attira les commerçants. De
tout côté de nombreux étrangers accoururent pour jouir des privilèges
libéralement accordés à la ville naissante.
Dès le principe, il
fallut pourvoir à l’entretien du port. A cet effet un droit d’entrée fut établi.
Il était « d’un denier pour livre sur la valeur des marchandises ». Les abus
cependant se glissaient d’année en année. Les rois ne tenant aucun compte des
conseils du pape Clément IV, un autre denier fut perçu et le produit de cette
nouvelle taxe, au lieu d’être réservé aux réparations du port, alimentait la
caisse du domaine royal.
Les abus devinrent si
criants que Charles VII déclara que, comme droit d’entrée, désormais on s’en
tiendrait aux deux deniers prescrits sous le règne du roi Jean.
Le port
d’Aigues-Mortes jouissait en outre d’un privilège exceptionnel. Tous les navires
passant en vue de la Tour de Constance devaient aborder et payer une redevance.
Ce revenu devait fournir des sommes considérables quand on sait que dans tout le
Languedoc, et par ordre du roi Jean, « on ne pouvait que commercer par le port
d’Aigues-Mortes ».
A la longue les
inondations successives du Rhône et du Vidourle dont les eaux limoneuses, en
temps de crue couvraient toute la plaine, engorgèrent d’année en année le canal
et obstruèrent le port et les étangs.
La prospérité des
régions environnantes dépendait de l’entretien constant du port et du bon accès
au canal. C’est ce que comprirent les députés de la sénéchaussée de Montpellier.
Aussi décidèrent-ils de rendre le canal constamment navigable.
Malheureusement, la
passe menaçait d’être constamment obstruée par le sable et la mer. Les travaux
reconnus urgents par Jean le Bon furent estimés à 4000 florins. Commencés sans
retard ils duraient encore sous Charles V. Charles VII s’intéressa aussi
beaucoup à Aigues-Mortes et en retour la cité lui fut très attachée. Il en reçut
une preuve éclatante dans la lutte sauvage entre les Armagnacs e les
Bourguignons.
Mais à cause de la
longueur interminable des travaux, les navires avaient choisi d’autres routes et
pris de nouvelles destinations. L’air était devenu malsain et des eaux de
l’intérieur, privées de communication avec la mer, s’élevaient des miasmes
fétides. Les habitants quittaient la ville et ceux qui restaient, luttaient avec
persévérance et courage.
N’obtenant plus rien
de Charles VII et de Louis XII, préoccupés de guerroyer, la population entreprit
elle-même les réparations les plus importantes. Mais l’entreprise dépassa les
forces et les ressources d’une ville appauvrie par la décadence.
Par la suite de fortes
inondations en 1585, une ouverture considérable s’étant produite presque en face
de la cité, la perte de sel dont la récolte annuelle procurait de gros revenus à
l’Etat attira l’attention du gouvernement. Un édit du Conseil sous le règne de
Louis XV ordonna la construction d’un Grau que la ville avait vainement tenté
d’agrandir et de consolider.
A travers l’étang du
Repausset on jeta deux larges chaussées en terre que protégeaient de gros blocs
de pierre. Les travaux interrompus régulièrement se terminèrent en 1745. Un
chemin plus direct fut construit, le canal de la Roubine reliant Aigues-Mortes à
la mer. Les canaux de la Radelle et du Bourgidou sont plus anciens. Leur
existence se confond avec les origines de la ville. Le Bourgidou communique
directement avec le Rhône. Arrivé sous les murs d’Aigues-Mortes, ils changent de
nom et se prolongent pour déboucher dans l’étang de Mauguio. Cette voie assurera
les communications faciles avec Montpellier et Lunel.
Montpellier dès le
XIIIème siècle ne pouvait que commercer avec la cité, le canal de Beaucaire
étant de construction plus récente.
Le canal de la Roubine
qui part du Grau du Roi aboutit sous les remparts et forme le port actuel. La
ville fit construire ce bassin à ses frais mais l’inondation de 1840 détruisit
le quai qui avait primitivement une longueur de 300 mètres.
De nouvelles
réparations eurent lieu en 1845 et on construisit un quai plus grand et plus
commode. C’est le quai actuel qui s’étend sur 400 mètres (de la Tour de
Constance à la Tour des Bourguignons). Le port actuel était donc assez grand
pour donner asile aux bâtiments de petit tonnage. Au milieu du siècle dernier
encore, ils faisaient un cabotage représentant onze à douze mille tonneaux.
Aujourd’hui ils ont à peu près disparu.
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